Dakar : l’économie du soin et le travail invisible des femmes au cœur des débats

L’économie du « soin » et le travail invisible des femmes ont été au centre d’un panel de haut niveau organisé à Dakar. La rencontre, initiée par l’association Femmes Africaines Actives pour le Développement (FADEV), a réuni des acteurs de la société civile et des représentants de l’État pour réfléchir à la valorisation des activités domestiques, essentielles au fonctionnement de la société mais largement absentes des statistiques officielles.
Un travail essentiel mais peu reconnu
Pour la présidente de FADEV, Seynabou Pouye, il est urgent de mettre en lumière ces activités qui soutiennent l’économie et la cohésion sociale.
Elle a évoqué des chiffres révélateurs de l’ampleur de ce travail non rémunéré. Selon elle, dans les zones rurales, certaines femmes consacrent jusqu’à 14 heures par jour à des activités domestiques et familiales non payées. En milieu urbain, ce temps de travail est estimé en moyenne entre quatre et cinq heures quotidiennes.
« Sans les femmes et sans le travail qu’elles accomplissent au quotidien dans les ménages, la société ne pourrait pas fonctionner », a-t-elle affirmé.
L’angle mort du PIB
L’un des principaux défis soulevés lors de la rencontre concerne l’absence de prise en compte de ces activités dans les indicateurs économiques, notamment le Produit intérieur brut (PIB).
Des tâches telles que la préparation des repas, l’entretien du foyer ou encore la prise en charge des enfants et des personnes âgées ne sont pas comptabilisées dans la richesse nationale. Cette invisibilité statistique rend difficile l’évaluation réelle de l’impact de l’économie du soin sur la croissance.
Les panélistes ont ainsi plaidé pour la réalisation d’études approfondies permettant de mesurer cette contribution et d’orienter les politiques publiques vers une réduction de la pénibilité du travail des femmes.
Une future loi sur l’autonomisation économique des femmes
L’État sénégalais, représenté lors de la rencontre par Dima Aby Sane, cheffe de la division des organisations féminines au Ministère de la Famille et des Solidarités, a reconnu l’existence de ce fossé statistique.
Elle a annoncé qu’une loi d’orientation sur l’autonomisation économique des femmes est actuellement en préparation. Ce texte, accompagné d’un projet de décret d’application, devrait intégrer des mesures concrètes visant à mieux prendre en compte les réalités de l’économie du soin.
Pour les défenseurs de cette cause, la reconnaissance officielle de ce travail constitue un levier essentiel pour renforcer la justice économique et promouvoir l’égalité entre les sexes.

