Analyse : Pourquoi la Bourse peine-t-elle à financer l’économie en Afrique de l’Ouest ?

ABIDJAN — Avec moins de 50 sociétés cotées pour une population de plus de 130 millions d’habitants, la BRVM affiche une sous-représentation flagrante par rapport à ses pairs africains (Maroc, Afrique du Sud). Entre manque de liquidité, dominance des titres publics et culture boursière timide, le marché régional cherche encore son second souffle.
Le symptôme de la « faible profondeur »
La problématique majeure n’est pas seulement le nombre d’entreprises, mais la manière dont les titres circulent.
Une grande partie des actions est détenue par des « mains fermes » (institutionnels, familles fondatrices) qui gardent leurs titres sur le très long terme.
Ce manque d’échange quotidien rend le marché volatil au moindre mouvement, décourageant les investisseurs qui craignent de ne pas pouvoir revendre leurs titres rapidement (le « spread » entre l’achat et la vente).
Le secteur privé face au « Mur de la Transparence »
Pourquoi si peu de PME ou de grandes entreprises familiales franchissent-elles le pas de l’introduction en Bourse (IPO) ?
Dans une économie où le capitalisme familial est roi, ouvrir son capital est souvent perçu comme une intrusion.
Les exigences de reporting financier (audits, publications trimestrielles) sont perçues comme une charge administrative et fiscale lourde par rapport à la discrétion d’un prêt bancaire.
L’État, un concurrent « trop » sérieux
Un phénomène de « crowding out » (éviction) s’opère sur le marché régional :
Les banques et assurances préfèrent placer leurs liquidités dans les bons et obligations du Trésor (Bons du Trésor, Obligations Assimilables du Trésor). Ces titres sont jugés moins risqués que le financement d’une entreprise privée et offrent des rendements attractifs.
Le besoin constant de financement des budgets nationaux sature le marché de titres publics, captant l’essentiel de l’épargne institutionnelle disponible.
Les leviers pour un changement de paradigme
Pour que la BRVM devienne un véritable moteur de croissance, plusieurs leviers doivent être actionnés simultanément :
Simplifier l’accès à la Bourse pour les particuliers via des applications mobiles pour briser le mythe du « marché d’initiés ». Transformer l’épargne dormante des ménages en investissements productifs. Encourager les entreprises à se coter via des réductions d’impôts sur les sociétés pour compenser les coûts de transparence.
Le paradoxe ouest-africain est frappant : l’épargne existe, les projets sont là, mais le pont qui les relie — le marché financier — est encore trop étroit. La transformation de la BRVM en un marché de « masse » passera nécessairement par une réduction de la dominance des titres publics et une audace renouvelée des entrepreneurs locaux. Sans cette mutation, le financement de l’économie restera l’otage de taux bancaires parfois prohibitifs.

