Renégociation des contrats pétro-gaziers : Elimane Haby Kane salue la vision du gouvernement mais alerte sur les défis

Le président du think-tank Legs-Africa, Elimane Haby Kane, a réagi aux annonces du gouvernement concernant la renégociation de certains contrats stratégiques, notamment dans les secteurs pétrolier et gazier. S’il estime que la démarche portée par le Premier ministre Ousmane Sonko va dans le sens d’une rupture nécessaire, il met toutefois en garde contre les nombreux défis géopolitiques et juridiques auxquels l’État du Sénégal devra faire face.
Invité de l’émission Objection diffusée ce dimanche 15 mars 2026 sur Sud Fm, l’analyste s’est dit « en phase » avec la volonté affichée par le chef du gouvernement de renforcer le contrôle national sur la gouvernance des ressources énergétiques.
Selon lui, la situation actuelle est marquée par des rapports déséquilibrés entre l’État et certaines entreprises exploitantes. « La situation actuelle des rapports déséquilibrés ne nous permet pas de profiter pleinement de nos ressources alors que nous subissons des impacts environnementaux et sanitaires qui peuvent nous être fatals », a-t-il souligné.
Un cadre juridique international très contraignant
Toutefois, si la vision est jugée pertinente, sa mise en œuvre pourrait s’avérer complexe. Elimane Haby Kane rappelle que le secteur extractif est encadré par un droit international particulièrement strict, souvent conçu pour protéger les intérêts des investisseurs étrangers.
Dans ce contexte, il estime que le Sénégal devra mener un double combat. D’une part, au niveau interne, il sera nécessaire d’évaluer avec précision ce qui est juridiquement renégociable dans les contrats existants. D’autre part, sur le plan international, le pays devra s’inscrire dans un rapport de force global autour de la gouvernance mondiale de l’énergie.
« Tout ce qui se passe dans le monde tourne autour du contrôle et de la maîtrise de ces ressources », a-t-il rappelé, évoquant les tensions géopolitiques liées aux ressources énergétiques dans plusieurs régions du monde.
Le défi de la fiscalité et des flux financiers
L’analyste attire également l’attention sur les risques liés à la fiscalité dans le secteur extractif. Selon lui, l’État peut perdre des ressources importantes s’il ne dispose pas de mécanismes techniques et technologiques suffisamment solides pour faire face aux stratégies d’optimisation fiscale des multinationales.
Il évoque notamment l’utilisation de conventions fiscales, de traités bilatéraux et de structures de filiales permettant aux grandes entreprises de minimiser leurs obligations fiscales. Ces mécanismes alimentent, selon lui, une partie des flux financiers illicites souvent observés dans l’exploitation des ressources naturelles.
À titre d’exemple, il cite le rôle de BP dans la commercialisation du gaz issu du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), qui serait assurée par une filiale du groupe, illustrant la complexité des circuits financiers dans ce secteur.
Le projet Yakaar-Téranga vu comme une opportunité
Malgré ces défis, Elimane Haby Kane voit dans certaines décisions récentes de l’État des perspectives positives. Il salue notamment la reprise des actifs du projet gazier Yakaar-Téranga par l’État sénégalais après le retrait des compagnies BP et Kosmos Energy.
Pour lui, cette situation ne doit pas être interprétée comme un échec, mais plutôt comme une opportunité stratégique pour le pays.
Selon l’expert, ce projet pourrait servir de levier à une politique d’industrialisation fondée sur la stratégie dite « gas to power », consistant à utiliser le gaz naturel pour produire de l’énergie destinée au marché intérieur.
L’objectif serait ainsi de transformer cette ressource « par nous et pour nous », en privilégiant la production d’énergie domestique plutôt que l’exportation brute, afin de poser les bases d’une véritable indépendance économique pour le Sénégal.

