Justice : Cheikh Oumar Diagne reconnu coupable de diffusion de fausses nouvelles et condamné à une amende

DAKAR — Le tribunal des flagrants délits de Dakar a rendu son verdict ce mercredi dans l’affaire opposant le ministère public au leader du Rassemblement pour la vérité (RPV), Cheikh Oumar Diagne. Poursuivi pour avoir mis en cause directement le Premier ministre Ousmane Sonko dans la mort d’un étudiant, l’enseignant-chercheur a été condamné à une amende ferme de 500 000 FCFA.
Par la Rédaction (Justice & Politique)
L’audience, très suivie, a tourné autour de l’interprétation sémantique et politique des propos tenus par le prévenu lors d’une émission sur la chaîne SenTV.
Les propos incriminés : Une accusation de « meurtre par ordre »
L’origine de l’interpellation remonte à une sortie médiatique où Cheikh Oumar Diagne commentait le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba lors de heurts à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).
Selon le dossier, le leader du RPV avait affirmé que « le Premier ministre Ousmane Sonko a donné l’ordre de tuer l’étudiant ».
À la barre, Cheikh Oumar Diagne a tenté de nuancer ses propos, expliquant qu’il s’agissait d’une analyse de la « responsabilité morale et politique ». Il a soutenu que puisque le Premier ministre a reconnu avoir ordonné l’entrée des forces de l’ordre sur le campus, il était, par extension, responsable de l’issue fatale de cette intervention.
Débat juridique : L’article 255 au cœur des plaidoiries
Le procès a donné lieu à une confrontation technique entre le parquet et la défense sur la qualification des faits.
Estimant que l’affirmation d’un ordre de tuer est une information factuellement fausse et de nature à troubler l’ordre public, le procureur a requis 6 mois de prison avec sursis et 500 000 FCFA d’amende.
Mes Sayba Danfakha et Hosni Maati ont plaidé la relaxe. Ils ont argumenté que les propos relevaient du commentaire politique et non de la « nouvelle » (au sens de l’article 255 du Code pénal). Me Maati a notamment soutenu que les propos avaient été tronqués et ne reflétaient pas l’intention réelle de son client.
Une condamnation pécuniaire sans prison
En déclarant le prévenu coupable mais en ne retenant qu’une amende ferme, le tribunal semble avoir opté pour une sanction de principe. Le juge n’a pas suivi le procureur sur la peine de prison avec sursis, privilégiant une peine d’amende pour sanctionner le manquement à la véracité des faits, tout en tenant compte, sans doute, du contexte de débat politique.
Cette condamnation de Cheikh Oumar Diagne intervient dans un contexte de tension persistante sur la liberté d’expression et la responsabilité des acteurs politiques dans leurs sorties médiatiques. Si le leader du RPV échappe à l’incarcération, cette décision rappelle la vigilance des autorités judiciaires face aux déclarations jugées attentatoires au crédit des institutions et de leurs dirigeants.

