Justice : Le « Faussaire de Canva » qui écumait le Palais déferré devant le Procureur

DAKAR — L’audace de B.D. n’avait d’égale que sa maîtrise des outils numériques. Cet individu, qui s’était invité au palais de la République lors de la réception des Lions, a été interpellé par la Division spéciale de cybersécurité (DSC). Accusé d’usurpation de fonction, de chantage sexuel et d’escroquerie au voyage clandestin, il a finalement été déféré devant le procureur Ibrahima Ndoye.
Par la Rédaction
L’affaire, révélée par le quotidien L’Observateur, illustre une nouvelle forme de criminalité où les applications de design graphique deviennent des armes au service de l’imposture sociale et administrative.
Le Palais présidentiel comme terrain de chasse
Le stratagème de B.D. débute lors d’un événement national majeur : la célébration du sacre des Lions au Maroc. Profitant de la confusion et de l’effervescence au palais de la République, le suspect se forge une identité de haut vol :
Arborant des insignes de Petrosen, il se présente pourtant à sa victime, M.M., comme un cadre influent du Port Autonome de Dakar (PAD). Il promet des emplois prestigieux à la jeune femme et à sa cousine, instaurant un climat de confiance facilité par le cadre solennel des lieux.
Du faux contrat au chantage sexuel
Une fois le contact établi sur WhatsApp, le piège se referme. B.D. bascule rapidement dans une dynamique de harcèlement et de prédation :
Pour convaincre ses victimes, il produit un faux contrat de travail aux couleurs du PAD. Il conditionne la signature définitive du document à l’obtention de faveurs sexuelles explicites.
L’escroquerie au voyage : Le « Capitaine de la Marine »
Non content de son chantage sexuel, B.D. exploite également le désir d’ailleurs de la seconde victime, A.P. Il propose un convoyage clandestin vers l’Europe contre la somme de 1 500 000 FCFA. Pour crédibiliser son offre, il prétend agir pour le compte d’un capitaine de la Marine nationale.
La chute : La DSC remonte la piste numérique
Excédées par les pressions et les demandes de fonds, les deux cousines ont déposé plainte. Les enquêteurs de la Division spéciale de cybersécurité (DSC) n’ont eu besoin que de quelques jours pour localiser le suspect grâce à ses traces numériques.
Lors de son audition, B.D. a reconnu l’intégralité des faits. Il a avoué avoir fabriqué de toutes pièces ses diplômes de l’École Supérieure Polytechnique (ESP), ses cartes professionnelles et ses autorisations de voyage via l’application de design Canva.
L’affaire B.D. met en lumière la nécessité d’une vigilance accrue, même dans les lieux les plus sécurisés de la République. Elle souligne également le rôle crucial de la DSC face à des délinquants qui utilisent la simplicité des outils numériques pour parfaire leurs impostures. Le mis en cause fait désormais face à la rigueur de la loi devant le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar.

