Gaz : Kosmos Energy annonce son retrait de Yakaar-Teranga, un défi de souveraineté pour Petrosen

DAKAR — Le paysage gazier sénégalais est en pleine recomposition. Dans son rapport annuel 2025, la compagnie américaine Kosmos Energy a officialisé sa volonté de se retirer du gisement de Yakaar-Teranga. Ce retrait, motivé par des divergences stratégiques avec le gouvernement et l’absence de nouveau partenaire, place désormais Petrosen en première ligne pour la gestion de cette ressource vitale.
Par la Rédaction Économique
L’annonce est tombée avec la sobriété des rapports financiers : Kosmos Energy ne trouve plus son compte dans le projet Yakaar-Teranga. Après le départ de British Petroleum (BP) en 2023, c’est au tour du second pilier historique du bloc de plier bagage, laissant derrière lui un gisement estimé à plus de 20 TCF (environ 560 milliards de mètres cubes).
Les raisons d’un divorce stratégique
Selon la compagnie texane, deux facteurs majeurs expliquent cette décision :
- L’échec du tour de table : Kosmos n’a pas réussi à attirer le « partenaire adéquat » capable de reprendre les 33% de parts nécessaires à l’équilibre de la co-entreprise.
- Un concept de développement jugé peu rentable : Kosmos et le gouvernement sénégalais ne sont pas parvenus à s’entendre sur un modèle commercialement attractif.
Le point de friction semble résider dans l’arbitrage entre l’exportation et la consommation locale. Alors que l’État privilégie le « Gas-to-Power » (priorité au marché intérieur pour l’électricité et l’industrie), Kosmos recherchait sans doute un modèle plus axé sur le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) pour l’exportation, plus lucratif sur les marchés mondiaux.
Vers une montée en puissance forcée de Petrosen ?
Initialement, le schéma de sortie de BP prévoyait une redistribution des cartes qui aurait fait de Petrosen le partenaire majoritaire (34%) devant Kosmos (33%) et un nouvel entrant (33%).
Ce retrait total de Kosmos place la société nationale des pétroles du Sénégal devant un défi immense :
- Opérationnalité : Petrosen a-t-elle les reins assez solides pour piloter seule, ou avec un nouveau partenaire encore inconnu, le développement d’un gisement de cette taille ?
- Financement : Le départ des majors occidentales (BP puis Kosmos) pourrait refroidir certains investisseurs, à moins que le Sénégal ne se tourne vers de nouveaux alliés stratégiques (Moyen-Orient, Asie).
Un impact sur la stratégie « Gas-to-Power »
Le retrait de Kosmos pourrait ralentir le calendrier de livraison du gaz pour le marché intérieur. L’ambition du gouvernement de baisser drastiquement le coût de l’électricité grâce au gaz local dépend directement de la mise en production rapide de Yakaar-Teranga. Si Petrosen parvient à reprendre la main, cela marquerait un tournant historique pour la souveraineté énergétique du pays. À l’inverse, une longue période d’attente pour trouver un nouvel opérateur pourrait retarder les objectifs d’émergence industrielle.
Le départ de Kosmos Energy de Yakaar-Teranga est un signal fort envoyé au marché. Si la compagnie américaine reste opératrice de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), elle semble ne plus vouloir porter le risque sur les projets domestiques sénégalais. Pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, c’est l’heure de vérité pour la doctrine de la « préférence nationale » et de la reprise en main des ressources naturelles.

