POUR OU CONTRE : Diomaye doit-il soutenir la candidature de Macky Sall à l’ONU ?

Dakar – La question est désormais posée au cœur du débat politique sénégalais : le président Bassirou Diomaye Faye doit-il soutenir une éventuelle candidature de l’ancien chef de l’État Macky Sall à un poste au sein des Nations unies ? Ce scénario, qui circule dans certains cercles diplomatiques depuis quelques semaines, suscite des réactions partagées au sein de la classe politique, des analystes et de l’opinion publique.
Un soutien vu comme stratégie diplomatique majeure
Pour ses partisans, le soutien de Diomaye à Macky Sall serait un choix stratégique fort, susceptible de renforcer l’influence du Sénégal sur la scène internationale.
Selon ces observateurs, Macky Sall dispose d’un capital d’expérience politique et diplomatique rare pour un dirigeant africain. Président du Sénégal pendant 12 ans, il a également occupé la présidence tournante de l’Union africaine, multipliant les contacts et les réseaux auprès des institutions internationales. À ce titre, ils estiment qu’il serait un atout pour le pays dans des enceintes multilatérales comme l’Organisation des Nations Unies.
« Soutenir un compatriote de cette stature, qui connaît les arcanes diplomatiques, ce n’est pas seulement un appui personnel, c’est une valorisation de l’influence sénégalaise dans les grandes décisions mondiales », affirme un diplomate sénégalais sous couvert d’anonymat.
Ce camp souligne aussi qu’un tel soutien enverrait un message de maturité politique : dans un État démocratique, les alliances internationales ne doivent pas être prisonnières des divisions internes. Mettre de côté les différends politiques pour défendre un intérêt national fort, c’est selon eux, illustrer une nouvelle étape de consolidation institutionnelle au Sénégal.
Une contradiction politique potentielle
À l’inverse, les opposants à cette idée estiment qu’un tel soutien serait politiquement incohérent avec le discours et les engagements du régime actuel.
Pour ces voix critiques, le président Diomaye a construit son accession au pouvoir en critiquant ouvertement la gouvernance de Macky Sall – notamment sur la question de la reddition des comptes et de la gestion des finances publiques. Soutenir aujourd’hui la candidature de son prédécesseur à une prestigieuse institution internationale risquerait d’être perçu comme un reniement ou une ambiguïté politique.
« Comment peut-on dénoncer hier des pratiques jugées néfastes et aujourd’hui porter la candidature de celui qui les a incarnées ? », interroge un responsable politique proche de l’opposition. Selon lui, cette démarche pourrait fragiliser la crédibilité du régime sur son propre terrain, en donnant l’impression que les alliances internationales priment sur les engagements pris vis-à-vis des électeurs.
Un autre argument avancé par ceux qui s’y opposent est que la candidature de Macky Sall, si elle venait à être soutenue par l’État sénégalais, pourrait être utilisée à des fins de protection politique plutôt que dans un cadre strictement diplomatique. Dans ce contexte, certains craignent que l’opération ne soit interprétée comme une forme de « retraite honorifique » plutôt qu’une contribution authentique aux instances internationales.
L’équilibre entre image internationale et cohésion nationale
Au-delà des positions partisanes, l’enjeu de la question dépasse le simple soutien ou non d’un individu. Il s’agit d’une question de stratégie d’État : comment concilier une démarche diplomatique ambitieuse avec les impératifs de cohésion interne et de respect des engagements politiques vis-à-vis de la population ?
Des analystes soulignent qu’un soutien à une candidature internationale doit être envisagé sur la base de critères objectifs, tels que la capacité du candidat à porter la voix du Sénégal et de l’Afrique au sein d’organismes mondiaux, sans remettre en question les exigences de transparence et de bonne gouvernance.
Pour d’autres, la solution intermédiaire consisterait à séparer les débats : d’un côté, l’évaluation de la candidature de Macky Sall sur ses compétences internationales ; de l’autre, l’évaluation politique de ce que représente ce soutien à l’intérieur du pays.
Un choix qui engage l’avenir
Alors que cette question continue d’alimenter les discussions et les analyses, il apparaît que la décision du président Bassirou Diomaye Faye – quelle qu’elle soit – aura des répercussions importantes, non seulement sur la scène diplomatique, mais aussi sur le climat politique interne.
Pour certains, c’est un moment de rayonnement international ; pour d’autres, un risque de perte de cohérence politique. Entre image du Sénégal à l’international et attentes nationales, le débat est loin d’être tranché.

