Affaire Pape Cheikh Diallo : Le Dr Khoudia Sow alerte sur la fragilisation du secret médical et de la lutte contre le VIH

DAKAR — Invitée de l’émission « Objection » sur Sud FM ce dimanche 1er mars 2026, la sociologue et médecin chercheure, Dr Khoudia Sow, a posé un diagnostic sans concession sur l’actualité brûlante. Entre violations de procédure et pressions politiques, elle redoute que la stigmatisation actuelle ne réduise à néant des décennies d’efforts sanitaires.
Par la Rédaction
Le climat social sénégalais est sous haute tension. L’affaire Pape Cheikh Diallo, mêlant accusations de transmission volontaire du VIH et mœurs, a déclenché une onde de choc médiatique. Mais pour le Dr Khoudia Sow, l’urgence est ailleurs : dans le respect de la loi et de l’éthique médicale.
La fin du secret médical ? Un vice de procédure dénoncé
L’un des points les plus critiques soulevés par la scientifique concerne la communication de la gendarmerie. La divulgation du statut sérologique des personnes mises en cause dans des communiqués officiels repris par la presse constitue, selon elle, une violation flagrante de la loi sénégalaise.
« Les statuts sérologiques des personnes sont strictement confidentiels. Le dépistage est volontaire et nécessite un consentement éclairé. Seule une réquisition du procureur, après enquête, peut l’imposer. Il semble que cela n’ait pas été respecté », a-t-elle martelé.
La science face au politique : L’engrenage de la radicalisation
Le Dr Sow analyse la situation actuelle comme un affrontement entre deux pôles : une demande sociale de criminalisation radicale et une minorité cherchant une certaine visibilité. Entre les deux, les pouvoirs publics semblent avoir cédé à la « pression socio-politique ».
Cette pression, alimentée par l’agenda électoral où chaque candidat a dû se positionner, a conduit à l’annonce d’un projet de loi durcissant les peines contre les « actes contre-nature ». Pour le médecin, cette approche radicale met en péril la résilience du système de santé : si les populations clés craignent la prison ou la stigmatisation, elles fuiront les centres de soins, favorisant une circulation souterraine et incontrôlée du virus.
L’histoire contre les idées reçues : Le concept de « Borom gnary tour »
Face au discours de « l’importation » de l’homosexualité, Dr Khoudia Sow oppose une perspective socioculturelle et historique. Elle rappelle que la différence de genre a toujours existé dans la société sénégalaise, bien avant les débats politiques actuels.
Elle convoque ainsi l’expression wolof « borom gnary tour » (littéralement « celui qui porte deux noms/identités ») pour illustrer une reconnaissance ancestrale de la confusion de genre ou de l’intersexualité. Pour la chercheure, la radicalisation actuelle du débat est un phénomène récent, déconnecté de la gestion sociale traditionnelle qui privilégiait souvent la discrétion et la cohabitation.
Un péril pour la santé de tous
le Dr Khoudia Sow prévient : la préservation de la santé publique ne peut se faire au détriment des droits individuels. En brisant le sceau de la confidentialité médicale pour satisfaire une demande politique ou morale, le Sénégal risque de voir resurgir une épidémie de VIH que les acteurs de la santé avaient réussi à stabiliser au prix d’efforts colossaux.

