Guinée-Bissau : 77 % des enfants victimes de violences domestiques, un cri d’alarme de SOS Villages d’Enfants

Bissau — Les chiffres font froid dans le dos. Lors du lancement du projet « École familiale », le directeur par intérim de SOS Villages d’Enfants, Domingos António Francisco Gomes, a dressé un diagnostic sombre de la condition enfantine en Guinée-Bissau. Entre violences physiques, privations extrêmes et impunité, l’enfance guinéenne est en état d’urgence.
Par la Rédaction (avec O Democrata)
Le cadre idyllique de la famille, censé être un sanctuaire de protection, s’avère être un lieu de danger pour une écrasante majorité d’enfants en Guinée-Bissau. Selon les données statistiques nationales présentées par M. Gomes, plus des trois quarts (77 %) des enfants âgés de 0 à 14 ans ont déjà subi des violences au sein de leur foyer.
La cartographie de la violence
Le rapport détaille une réalité plurielle de la maltraitance. Les enfants ne sont pas seulement frappés ; ils sont brisés psychologiquement.
- 48 % des enfants subissent des violences psychologiques.
- 20 % sont victimes de châtiments corporels.
- 9 % font face à d’autres formes de violences, souvent tues.
L’enfance face à la « Pauvreté Absolue »
Au-delà des coups, c’est la privation systémique qui étrangle la jeunesse. S’appuyant sur le dernier rapport de l’UNICEF, le responsable de SOS Villages d’Enfants a révélé que 97 % des mineurs subissent au moins une privation de leurs droits fondamentaux. Plus grave encore, 52 % des enfants cumulent simultanément quatre privations majeures.
L’assainissement de base, le logement décent et les conditions de vie précaires sont les principaux visages de cette pauvreté qui frappe 4 enfants sur 10.
Le silence coupable sur les crimes sexuels
L’un des points les plus critiques soulevés par M. Gomes concerne les violences sexuelles. La plupart des viols ne sont jamais signalés aux autorités. Pire, des pratiques sociales archaïques poussent parfois les victimes à épouser leurs agresseurs ou à réintégrer la communauté où le crime a eu lieu, perpétuant ainsi un traumatisme social et psychologique profond.
Le directeur a également fustigé le mépris de la législation en vigueur, qui exacerbe la discrimination, particulièrement envers les enfants ayant des besoins spéciaux, souvent doublement exclus par leur famille et le système social.
La réponse de l’État : Le projet « École familiale »
Présente lors de la cérémonie, la ministre des Femmes et de la Solidarité sociale, Cadi Florença Dabó Correia, a reconnu l’ampleur du défi. Tout en rappelant que la famille doit être le socle des valeurs émotionnelles, elle a admis que les vulnérabilités économiques minaient ce rôle protecteur.
« La protection de l’enfance ne peut être assurée uniquement par des interventions institutionnelles. Elle requiert une approche intégrée, fondée sur la prévention et l’éducation familiale », a-t-elle déclaré, réaffirmant l’engagement du gouvernement à collaborer avec SOS Villages d’Enfants et les partenaires internationaux.
Radiographie de la vulnérabilité infantile en Guinée-Bissau
| Indicateur | Statistique | Impact Social |
| Violence domestique (0-14 ans) | 77 % | Traumatisme précoce et cycles de violence. |
| Privations multiples (3+) | 75 % | Entrave au développement physique et cognitif. |
| Pauvreté absolue | 40 % | Exclusion du système scolaire et de santé. |
| Violence psychologique | 48 % | Atteinte grave à la santé mentale. |
Conclusion : Vers une mobilisation communautaire
L’annonce de ces statistiques n’est pas une simple formalité ; elle sert de base scientifique au projet « École familiale ». L’objectif est clair : transformer les foyers de la menace en espaces de soins. Mais sans une application rigoureuse des lois contre les agresseurs et un soutien financier massif aux familles les plus pauvres, le droit au bien-être restera, pour beaucoup de petits Bissau-Guinéens, un lointain mirage.

