Universités sous tension : quand l’échec structurel de l’État nourrit la violence

Les affrontements actuels entre étudiants et forces de l’ordre doivent nous obliger à regarder la vérité en face : la violence universitaire n’est pas seulement un problème sécuritaire, elle est le symptôme d’un échec structurel que tous les régimes ont hérité et que tous, jusqu’ici, ont échoué à résoudre durablement.
Depuis des décennies, la condition estudiantine sert trop souvent d’instrument politique dans les périodes de conquête du pouvoir. Les frustrations réelles des étudiants sont mobilisées, amplifiées et parfois exploitées dans les discours d’opposition, avant d’être reléguées au second plan une fois les responsabilités exercées. Cette instrumentalisation répétée alimente les tensions, radicalise les positions et empêche la construction de solutions profondes et durables.
Mais la crise universitaire n’est qu’un miroir de nos défis nationaux plus larges : la dégradation du cadre de vie, la gestion insuffisante des déchets, l’occupation anarchique de l’espace urbain, les inondations récurrentes, les insuffisances de notre système éducatif, les limites de notre politique agricole et les difficultés persistantes de financement du développement. Autant de problèmes transversaux qui dépassent les alternances politiques et exigent une continuité stratégique de l’État.
L’interview récente des responsables universitaires rappelle une réalité simple : les difficultés sont anciennes, mais la responsabilité d’agir appartient toujours au pouvoir en place. Les nouvelles autorités ne peuvent se réfugier derrière l’héritage ; gouverner, c’est précisément transformer les contraintes héritées en réformes structurantes.
Nous interpellons donc solennellement le Président de la République et son Premier ministre : la stabilisation durable de l’espace universitaire doit devenir une priorité nationale stratégique, fondée sur une réforme globale intégrant les infrastructures, le logement étudiant, la restauration, la gouvernance universitaire, le financement de l’enseignement supérieur et les perspectives d’insertion professionnelle.
La paix sur les campus ne sera jamais obtenue uniquement par la force. Elle naîtra d’une politique cohérente, d’une gouvernance orientée vers l’intérêt général et d’une rupture réelle avec la gestion clanique et la primauté des intérêts particuliers.
Thierno Lo
Un Républicain Libre

