Affaire Epstein : les échanges d’affaires entre le financier américain et Karim Wade mis au jour

Les récentes publications de plus de trois millions de pages d’e-mails et de documents liés à Jeffrey Epstein, rendues publiques par un comité du Congrès américain, révèlent l’existence d’échanges professionnels entre le financier américain et Karim Meïssa Wade, ancien ministre sénégalais et fils de l’ex-président Abdoulaye Wade.
Les correspondances, datées principalement de 2010 et 2011, portent sur des opportunités d’affaires en Afrique et sur des contacts au sein de réseaux économiques et politiques internationaux. À cette période, Karim Wade occupait plusieurs postes stratégiques au sein du gouvernement sénégalais, notamment celui de ministre d’État chargé de la Coopération internationale, des Infrastructures et des Transports aériens.
Dans un courriel envoyé en 2010 depuis New York, Jeffrey Epstein indique à Karim Wade être en compagnie du prince Andrew et l’invite à le contacter. En réponse, Wade évoque l’organisation d’un échange avec Sultan Ahmed Bin Sulayem, président du groupe Dubai World. D’autres messages font état de déplacements à Riyad, Paris ou Pékin et de propositions de rencontres dans un cadre professionnel.
En novembre 2010, Karim Wade informe Epstein d’un voyage en Arabie saoudite, suivi d’un passage à Paris, suggérant un rendez-vous dans les jours suivants. Epstein accepte et demande à l’assistant de Wade de coordonner la rencontre. Les échanges mentionnent des discussions autour d’« opportunités en Afrique ».
En 2011, Jeffrey Epstein facilite une mise en relation entre Karim Wade et Jes Staley, alors cadre dirigeant de JPMorgan, dans le cadre de discussions sur un important projet de commerce de pétrole brut. Il est également question, dans d’autres échanges, de projets liés au développement du gaz offshore au Sénégal.
Les contacts entre les deux hommes se poursuivent après la chute politique de Karim Wade. En 2016, alors que ce dernier vit en exil au Qatar à la suite de sa condamnation pour enrichissement illicite prononcée en 2015, Epstein l’introduit auprès de l’économiste américain Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor des États-Unis et ex-président de l’université Harvard.
Dans ces échanges, Epstein décrit Karim Wade comme « l’une des figures les plus importantes en Afrique de l’Ouest » et évoque son potentiel politique, allant jusqu’à prédire qu’il pourrait devenir président du Sénégal. Larry Summers, surpris, demande des précisions sur le profil de son interlocuteur.
Ces révélations mettent en lumière l’étendue des réseaux d’affaires et d’influence de Jeffrey Epstein en Afrique et ailleurs. Les documents rendus publics ne font toutefois apparaître aucun lien entre Karim Wade et les activités criminelles pour lesquelles Epstein a été poursuivi.

