Crise de la dette au Sénégal : « Un moment de vérité démocratique » pour l’économie nationale

Invité du « Jury du Dimanche » sur Iradio, l’économiste Abdoulaye Ndiaye (New York University) a livré un diagnostic sans concession sur l’état des finances publiques sénégalaises. Entre dette sous-estimée et marges de manœuvre réduites, le Sénégal fait face à un défi de transparence inédit.
Par Abdallah
Le débat sur la dette sénégalaise sort du champ des escarmouches politiques pour entrer dans celui d’une réalité comptable brutale. Selon le professeur Abdoulaye Ndiaye, le Sénégal ne fait pas seulement face à un endettement élevé, mais à une sous-déclaration massive qui place le pays dans une situation critique à l’échelle internationale.
L’ampleur du « mur » : 11 milliards de dollars non reportés
Pour l’économiste, le terme de « dette cachée » doit être compris sous l’angle de la transparence institutionnelle : des engagements juridiques réels qui n’ont pas été déclarés selon les standards internationaux aux partenaires comme le FMI.
Le chiffre avancé est vertigineux : 11 milliards de dollars de dette n’auraient pas été reportés. « Nous sommes face à un mur. La question n’est plus de savoir s’il existe, mais comment en sortir », prévient-il, soulignant que ce niveau de sous-déclaration est l’un des plus graves observés mondialement.
La fin de l’insouciance budgétaire
Cette situation survient au pire moment. Le contexte international est hostile :
- Hausse des taux d’intérêt mondiaux rendant le refinancement coûteux.
- Recul de l’aide publique au développement.
- Contraintes de remboursement accrues sur le budget national.
Loin de vouloir alimenter la polémique entre l’ancien et le nouveau régime, Abdoulaye Ndiaye appelle à une « lecture lucide et collective ». La dette devra être payée, intérêts compris, ce qui réduira inévitablement l’argent disponible pour les politiques publiques sociales et les investissements d’infrastructure.
La Cour des comptes, juge de paix
Pour restaurer une crédibilité sérieusement entamée auprès des bailleurs, l’économiste mise sur les institutions nationales. Il érige le rapport de la Cour des comptes en « boussole institutionnelle ». En tant qu’organe souverain et compétent, ses conclusions doivent être le socle de toute discussion future. M. Ndiaye plaide également pour une transparence totale : la publication de tous les audits est, selon lui, un droit citoyen et une nécessité économique.
Les pistes de sortie : Rigueur et Secteur Privé
Malgré la sévérité du diagnostic, le professeur de la NYU récuse tout fatalisme. Pour lui, la solution repose sur un triptyque clair :
- Rigueur budgétaire et priorisation stricte des dépenses de l’État.
- Réformes structurelles pour améliorer la mobilisation des recettes fiscales.
- Recentrage de l’État : ce dernier doit cesser d’être l’unique moteur pour devenir un régulateur, laissant au secteur privé le soin de créer la richesse et l’emploi.
« La dette n’est pas une fatalité, mais son déni l’est », conclut-il. Ce « moment de vérité » est présenté non seulement comme un défi financier, mais comme une épreuve pour la démocratie sénégalaise : celle de la capacité des dirigeants à dire la vérité aux citoyens pour mieux reconstruire l’avenir.

