ALERTE NATIONALE : LE SÉNÉGAL FACE AU DANGER DE LA HAINE

La rancœur a atteint dans notre pays des limites insoupçonnées. Elle dépasse aujourd’hui les nouvelles autorités et s’impose comme un phénomène social profondément enraciné. Nous avons collectivement laissé s’installer une culture de la haine à un niveau que le Sénégal n’avait jamais connu.
C’est comme si un venin avait été inoculé dans les veines de certains de nos compatriotes.
Je vois des époux, dans de simples échanges politiques, faire preuve d’une violence verbale extrême. Des amis de longue date qui ne se parlent plus. Des marabouts qui ne reconnaissent plus leurs talibés. Des employeurs qui doutent désormais de leurs employés. La confiance s’effondre. Les liens sociaux se rompent. Le tissu national se déchire.
Certains continuent de croire qu’il ne s’agit que d’un jeu politique. Ils se trompent. Ce que nous vivons dépasse le cadre partisan. Nous sommes confrontés à une crise morale, sociale et institutionnelle majeure.
Lorsque la justice est rejetée, contestée, sommée de produire des verdicts sans dossiers solides, lorsque la rue cherche à se substituer à l’institution judiciaire, nous avançons dangereusement vers une justice de rues. Or aucune nation ne peut survivre durablement à l’arbitraire populaire.
Si nous n’y prenons garde, le Sénégal risque d’entrer dans des cycles de violences inédites, profonds et durables, dont nul ne sortira vainqueur.
C’est dans ce contexte que j’ai appelé à la mise en place d’une commission nationale pour panser les blessures, restaurer la confiance, réparer les fractures et prévenir l’irréparable. Il ne s’agit ni de faiblesse ni de renoncement, mais d’un acte de lucidité et de responsabilité historique.
La paix ne se décrète pas.
Elle se construit.
Et aujourd’hui, elle est en danger.
Thierno Lo
Président de l’Alliance Pour la Paix et le Développement (APD)

