Industrialisation : « On ne bâtit pas un pays en suspectant toute réussite »

Pour le professeur Souleymane Astou Diagne, l’un des principaux obstacles au développement économique du Sénégal réside dans la manière dont la société et les pouvoirs publics perçoivent les capitaines d’industrie. Invité du « Jury du dimanche » sur iRadio, l’universitaire a dénoncé un climat de suspicion généralisée à l’égard de la réussite entrepreneuriale.
« On ne peut pas bâtir une économie prospère sur l’idée que toute réussite est suspecte », a-t-il martelé, pointant une défiance qui fragilise l’initiative privée nationale. Selon lui, la disparition progressive de nombreuses industries locales s’explique certes par une concurrence internationale intense, mais aussi par l’absence d’un État stratège, davantage prompt à taxer qu’à accompagner.
Prenant exemple sur les trajectoires de pays émergents, le professeur Diagne rappelle que « la Chine et l’Inde ont réussi leur industrialisation parce que l’État a subventionné, soutenu et protégé leurs industries ». Une politique volontariste qui, selon lui, fait encore défaut au Sénégal.
Foncier, fiscalité et accompagnement en question
L’accès difficile au foncier industriel, une pression fiscale jugée excessive et l’insuffisance de mécanismes de soutien ciblés constituent autant de freins à l’investissement local. Le professeur déplore notamment que des entrepreneurs sénégalais se heurtent à de multiples résistances, tandis que d’importantes superficies foncières sont accordées à des opérateurs étrangers.
« Nous importons plus que nous ne produisons », observe-t-il, soulignant que cette situation revient à « créer des emplois à l’étranger au lieu de les créer chez nous ». Dans un contexte marqué par l’arrivée annuelle de près de 200 000 jeunes diplômés sur le marché du travail, il estime que l’industrialisation du pays n’est plus une option, mais une urgence absolue.
En conclusion, Souleymane Astou Diagne insiste sur la responsabilité centrale de l’État : « Il détient les clés. Il doit maintenant jouer pleinement son rôle », afin de créer un environnement favorable à l’émergence d’une industrie nationale forte et durable.

