ÉCONOMIE : Le Sénégal face au spectre d’une crise financière

Invité de l’émission « Grand Jury » sur la RFM ce dimanche 1er février 2026, Me Ibnou Sougoufara, président de Sengov’Risk, a dressé un diagnostic sans concession de l’économie sénégalaise. Son message est clair : la vulnérabilité du pays reste critique face aux créanciers internationaux.
1. La « Souveraineté » à l’épreuve des marchés
Pour l’expert, la liberté politique ne peut exister sans indépendance financière. Sa thèse repose sur un constat de dépendance :
- Le rôle du FMI : Ibnou Sougoufara définit le Fonds Monétaire International comme « l’avocat des marchés financiers ». Selon lui, un État ne discute pas avec les investisseurs privés, mais avec le FMI qui valide (ou non) la crédibilité du pays.
- Le bouclier CFA : Contrairement aux critiques habituelles, il estime que l’appartenance à l’Union monétaire (UEMOA) a évité au Sénégal une chute plus brutale. Sans la stabilité du Franc CFA, il juge que la situation serait aujourd’hui « beaucoup plus difficile ».
2. Le débat sur la restructuration : Une nécessité « incontournable » ?
L’alerte de M. Sougoufara crée une dissonance directe avec la position officielle du gouvernement :
- Le refus d’Ousmane Sonko : Le 8 janvier dernier, le Premier ministre a vigoureusement écarté l’idée d’une restructuration de la dette, la jugeant inutile et préférant miser sur la discipline budgétaire et les recettes pétrolières/gazières.
- La nuance de Sougoufara : L’expert appelle à ne pas confondre restructuration (renégociation des taux et échéances) et annulation. Pour lui, il faut adopter un « bon ton » avec les créanciers pour les convaincre de « lâcher quelque chose » avant que la crise ne s’impose d’elle-même.
3. Les risques identifiés pour 2026
L’avocat des marchés financiers souligne que le Sénégal est « dos au mur » en raison de :
- La fin de certaines périodes de grâce sur les emprunts passés.
- La pression des agences de notation qui scrutent chaque tension avec le FMI.
- La nécessité pour les Sénégalais de consentir à des « sacrifices » financiers pour stabiliser la trajectoire nationale.
Cette intervention d’Ibnou Sougoufara souligne le dilemme du gouvernement actuel : concilier un discours de rupture souverainiste avec la réalité technique des marchés financiers. Alors que le régime mise sur les ressources naturelles pour combler le gap, les experts en gestion de risques comme Sougoufara craignent que le calendrier des remboursements ne rattrape l’État avant que les revenus pétroliers ne soient pleinement effectifs.

