HOMMAGE : Halima Gadji, le départ d’une étoile qui préférait la vérité à la gloire

L’Afrique s’est réveillée ce mardi avec un voile de tristesse sur le regard. Halima Gadji, l’icône de la fiction sénégalaise et panafricaine, s’est éteinte ce 26 janvier 2026 à l’âge de 36 ans. Plus qu’une actrice, elle était une vibration, une voix habitée qui a su transformer ses fêlures en lumière et ses rôles en miroirs de la société.
Par Abdallah
Une identité plurielle, une âme dakaroise
Née à Dakar en 1989 d’un métissage fertile — une mère maroco-algérienne et un père sénégalais — Halima Gadji portait en elle la synthèse d’une Afrique plurielle. Pour elle, l’identité n’était pas un carcan mais une composition. Cette richesse culturelle lui a donné cette grâce rare : naviguer entre les mondes sans jamais perdre son ancrage.
Son destin s’écrit très tôt loin des bancs de l’école. En classe de 5e, elle écoute cette petite voix intérieure qui lui crie que sa place est ailleurs. Elle quitte le système scolaire pour poursuivre un rêve qui, à l’époque, paraissait fou : devenir actrice.
De la lumière des podiums à l’intensité des plateaux
Le public découvre d’abord son visage à travers le mannequinat et la publicité. Mais Halima n’est pas qu’une image ; elle est une énergie sociale. Animatrice télé, elle crée un lien immédiat avec les gens. Cependant, c’est la fiction qui va lui offrir l’espace de vérité qu’elle recherche tant.
Sa carrière décolle en 2015 avec Tundu Wundu, puis s’installe dans les foyers avec Seuy Bi 2.0. Mais c’est son interprétation magistrale de Marème Dial dans Maîtresse d’un homme marié qui la propulse au rang d’icône. Elle ne cherchait pas à rendre son personnage aimable, elle le rendait vrai : blessé, passionné, dérangeant.
Elle prouvera plus tard sa polyvalence dans des productions internationales comme Sakho & Mangane sur Netflix ou la série panafricaine Le futur est à nous, tournée entre Abidjan et Libreville.
La sentinelle de la santé mentale
Au-delà de son talent d’actrice, Halima Gadji restera dans les mémoires comme celle qui a osé briser l’un des plus grands tabous des sociétés africaines : la santé mentale.
En partageant publiquement ses propres moments de fragilité, de fatigue morale et ses luttes intérieures, elle a ouvert une brèche salvatrice. Elle a rappelé aux millions de personnes qui la suivaient que la force réside aussi dans l’honnêteté émotionnelle. En 2023, son rôle de marraine du festival Vues d’Afrique à Montréal était venu couronner cet engagement pour un cinéma plus humain et conscient.
Halima Gadji n’entrait pas dans une pièce avec son visage, elle y entrait avec son âme. Elle nous laisse une œuvre riche, mais surtout une leçon de courage. Celui de se montrer vulnérable quand le monde exige d’être invincible. Le Sénégal perd une enfant chérie, l’Afrique perd une ambassadrice de la vérité. Sa lumière ne s’éteint pas ; elle change simplement de rive.

