Manifeste pour un nouvel ordre mondial centré sur l’humain

Dans un monde où tout reste à construire, le plus grand danger n’est pas l’adversité, mais la perte de sens.
Il ne faut ni tuer la motivation, ni brouiller les objectifs.
Il faut réarmer les consciences, réhabiliter le rêve, rompre avec le déni, afin de faire face à un monde nouveau, brutal, décomplexé, où la loi du plus fort tente de se substituer au droit.

Nous entrons dans une ère où la société des nations, malgré ses insuffisances, est méthodiquement affaiblie.
Certes, elle n’a pas toujours tenu ses promesses.
Certes, les sanctions étaient souvent sélectives, les droits de veto instrumentalisés au profit d’intérêts partisans.
Mais elle permettait au moins l’agrégation des moyens pour garantir des minimums vitaux : éducation, santé, environnement, sécurité collective.

Aujourd’hui, cette architecture est menacée par une volonté de puissance sans frein, portée par une boulimie financière, foncière, minière et énergétique.
Inspirée par une lecture cynique de la géopolitique – celle de la revanche de la géographie – cette vision nourrit un impérialisme nouveau, assumé, où la force militaire, financière et technologique sert à piller les ressources, à redessiner les frontières, à dicter les lois.

Les faits sont là.
Des présidents démocratiquement élus sont renversés.
Des États sont déstabilisés de l’intérieur.
Des soulèvements sont infiltrés, encadrés, instrumentalisés.
Des dirigeants sont menacés, enlevés ou éliminés.
Des peuples sont sommés de renoncer à leur souveraineté.

Ce sont des comportements que le monde moderne n’avait jamais normalisés à ce point.
Et si nous laissons faire, d’autres imiteront.
Alors viendra le temps d’un nouveau Bandung inversé, non pour libérer les peuples, mais pour se partager le monde entre puissances nucléaires.

Face à ce danger, les pays exposés ne peuvent rester isolés.
Ils doivent s’organiser.

Organiser la lutte contre la suprématie monétaire absolue.
Créer des marchés communs régionaux solides.
Échanger les technologies.
Mutualiser l’exploitation, la transformation et la consommation des matières premières.
Sortir du rôle de simples fournisseurs de ressources pour devenir des acteurs souverains de la chaîne de valeur.

Face à la volonté de puissance, chaque État doit rappeler une vérité essentielle :
les terrains de confrontation sont multiples.
Ils ne se limitent ni au ciel, ni aux mers, ni aux algorithmes.
Il existe des espaces où les peuples dits « faibles » peuvent s’exprimer, résister, influencer.

Mais cette réponse ne peut être seulement étatique.
Elle doit être mondiale, citoyenne, morale.

Il faut un large mouvement international de dénonciation et d’anticipation.
Il faut que les organisations de défense des droits humains sortent de leur mutisme.
Que la société civile mondiale se lève.
Que les étudiants, les syndicats, les universitaires, les intellectuels reprennent leur rôle historique.

Car c’est cette force morale mondiale qui peut contraindre les parlements et les congrès,
qui peut imposer des vetos éthiques,
qui peut forcer un retour à une véritable société des nations.

Une société des nations réformée, équitable,
où les charges financières sont partagées,
où la gouvernance n’est plus confisquée,
où le principe “un pays, une voix” redevient une réalité.

Il est temps.

Temps de bâtir un nouvel ordre mondial qui place l’humain au centre.
Temps de rompre avec l’économie de la mort.
Temps d’exiger la reconversion de l’industrie de l’armement vers la résolution des vrais défis de l’humanité :
se nourrir, se soigner, se loger, se former, préserver la planète.

Le monde n’a pas besoin de plus d’armes.
Il a besoin de plus de justice.
De plus de coopération.
De plus de dignité.

Ce combat n’est pas idéologique.
Il est existentiel.

Et il commence maintenant.
Thierno Lo
Ancien Ministre
Ancien Parlementaire
Un Républicain Libre

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