Moins-value budgétaire, explosion des dépenses et manque de transparence : où vont nos milliards ?

Moins-value budgétaire, explosion des dépenses et manque de transparence : où vont nos milliards ?

1. Une Moins-value de 40 milliards FCFA : Un trou budgétaire préoccupant

Le rapport budgétaire 2025 révèle un écart alarmant : près de 40 milliards de francs CFA de recettes attendues n’ont pas été perçus au premier trimestre (voir Tableau 1, page 5). Pourtant, le gouvernement avait assuré la sincérité du budget et la fiabilité des prévisions économiques.

Question centrale : où sont passés ces 40 milliards ?

Cette contre-performance fiscale soulève des interrogations sur la crédibilité des prévisions budgétaires et la capacité de l’État à gérer ses finances de manière rigoureuse.


2. L’État consomme mais n’investit plus : le recul inquiétant des dépenses d’investissement

Au premier trimestre 2025, les investissements publics plafonnent à 2,64 milliards FCFA, alors que les transferts en capital chutent de 42,2 milliards en glissement annuel (voir page 15 du rapport). En parallèle, les dépenses de fonctionnement explosent :

  • 84,65 milliards FCFA pour l’achat de biens et services
  • 463,93 milliards FCFA pour les transferts courants

La justification évoquée — des retards dans les passations de marchés — ne tient pas face à la rapidité avec laquelle l’appareil étatique s’approvisionne pour son propre fonctionnement. Par exemple, l’achat de véhicules pour les 165 députés pour un coût estimé à près de 8 milliards FCFA, représente près de quatre fois l’ensemble des investissements de l’État au cours du trimestre.

Un budget de confort, pas de transformation.

Ce déséquilibre traduit une priorisation du train de vie de l’État au détriment des investissements structurants, pourtant essentiels pour stimuler la croissance et répondre aux besoins urgents de la population.


3. 131 milliards collectés en 2024, mais seulement 87,9 milliards visibles : où sont les 43 milliards manquants ?

Selon le rapport 2024 de la Cour des comptes (page 11), 131 milliards de recettes ont été recouvrés en 2024, mais intégrés dans l’exercice 2023. Le gouvernement avait justifié le retard de publication par le besoin d’intégrer ces montants.

Pourtant, les recettes constatées n’augmentent que de 87,9 milliards FCFA, soit un écart de 43,1 milliards.

Deux scénarios possibles :

  • Le gouvernement n’a pas intégré la totalité des 131 milliards : la LFR 2024 serait donc partiellement sincère.
  • Les chiffres de la Cour ont été modifiés ou révisés sans explication.

Quel que soit le cas, une clarification s’impose.


4. LFR 2024 : Un cadeau de Noël budgétaire de 90 milliards ?

Le 24 décembre 2024, la Loi de finances rectificative prévoyait 65,2 milliards FCFA de dons. Une semaine plus tard, au 31 décembre, le montant réel reçu s’élève à 155,3 milliards FCFA. Soit un écart de 90 milliards en seulement quelques jours.

Vu la complexité des procédures liées à la mobilisation de dons, cet écart interroge. Trois hypothèses sont envisageables :

A. Le gouvernement était informé, mais a volontairement omis de l’inclure dans la LFR — un manquement grave en matière de transparence.

B. Il s’agit d’un versement exceptionnel de dernière minute, qui doit être justifié par une communication claire.

C. Ces dons étaient-ils cachés par l’ancien régime ? Et pourquoi la Cour des comptes n’en fait-elle pas mention ?

Dans tous les cas, des explications officielles sont nécessaires.


Conclusion : Transparence budgétaire en question, urgences sociales ignorées

Entre moindre collecte des recettes, explosion des dépenses de fonctionnement, faiblesse des investissements publics, et opacité financière, le modèle budgétaire actuel semble déconnecté des enjeux de transformation structurelle.

En 2025, l’État semble nourrir le système plutôt que la nation, au prix d’une croissance étouffée, d’une jeunesse délaissée et d’un avenir sans vision.

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