Réforme des médias : Alioune Sall défend la création du CNRM devant l’Assemblée nationale

Création du CNRM : Aliou Sall défend une réforme « structurante » devant  les députés - Xibaaru

C’est un tournant majeur pour le paysage médiatique sénégalais. Ce mardi, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, a défendu devant les députés le projet de loi portant création du Conseil national de Régulation des Médias (CNRM).

Destiné à remplacer le Conseil national de régulation de l’audiovisuel, cet organe entend rompre avec un cadre juridique datant de 2006, jugé inadapté face à l’essor fulgurant du numérique et des réseaux sociaux.

« Le statu quo n’était plus une option »

Dès l’entame de son exposé, le ministre a dressé un constat sans appel : la loi actuelle encadrant l’audiovisuel est dépassée par une « mutation profonde, radicale et irréversible » du secteur.

Alioune Sall a notamment insisté sur l’impuissance du régulateur face à l’explosion des plateformes numériques. « Les plateformes en ligne – TikTok, Facebook, X, Instagram, YouTube – sont devenues les premiers médias de millions de Sénégalais », a-t-il rappelé, déplorant l’émergence de créateurs de contenus opérant « sans filtre, sans règle et sans responsabilité éditoriale claire ».

Pour le ministre, maintenir l’ancien dispositif revenait à cautionner une forme de laisser-faire incompatible avec les exigences d’un État de droit.

Une régulation élargie à tous les supports

La principale innovation du futur CNRM réside dans l’extension de son champ de compétence. Contrairement au CNRA, limité essentiellement à la radio et à la télévision, le nouvel organe aura autorité sur la presse écrite, la presse en ligne et, surtout, les contenus diffusés sur les grandes plateformes numériques.

« La régulation porte désormais sur le contenu, indépendamment du support technologique utilisé », a martelé Alioune Sall.

Face aux risques croissants de désinformation, de manipulation et de deepfakes liés à l’intelligence artificielle, le ministre a promis un régulateur doté de moyens financiers renforcés et d’outils technologiques capables de « détecter, analyser et contrer les manipulations de l’information ».

Liberté d’expression et pouvoir de sanction

Anticipant les critiques, le ministre s’est voulu rassurant. Si le CNRM disposera d’un pouvoir de sanction qualifié de « réel » et « dissuasif », il ne s’agira pas, selon lui, d’un instrument de censure.

« La liberté d’expression n’est pas la liberté de nuire. La démocratie, c’est le pluralisme, pas le chaos », a-t-il affirmé devant les parlementaires.

L’objectif affiché est de protéger les citoyens, notamment les mineurs, face à des algorithmes « conçus pour capter leur attention, et non pour les protéger ».

Une gouvernance sous le signe de la transparence

La crédibilité du futur régulateur reposera également sur son mode de gouvernance. Le ministre a annoncé que les membres du Collège de régulation seront désormais sélectionnés à l’issue d’un appel à candidatures transparent et devront prêter serment avant leur entrée en fonction.

En conclusion, Alioune Sall a appelé les députés à opérer un « choix de société responsable » afin de structurer un espace public numérique plus encadré. « Le CNRM sera l’instrument de ce choix », a-t-il lancé, invitant la représentation nationale à enrichir le texte par voie d’amendements.

Avec cette réforme, le Sénégal amorce une nouvelle étape dans l’encadrement de son écosystème médiatique, à l’heure où les frontières entre médias traditionnels et plateformes numériques s’estompent chaque jour davantage.

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