Réforme de l’article 319 : vifs échanges à l’Assemblée nationale entre Abdou Mbow et Abdoulaye Tall

Les débats autour du projet de loi modifiant l’article 319 du Code pénal du Sénégal, relatif à l’homosexualité, ont été particulièrement animés ce mercredi à l’Assemblée nationale du Sénégal. Le député Abdou Mbow a soulevé une motion préjudicielle lors de l’examen du texte en séance plénière, annonçant qu’il ne voterait pas la réforme proposée par le gouvernement.
Dans son intervention, le parlementaire a estimé que la modification envisagée ne correspond pas à la promesse de criminalisation de l’homosexualité faite aux Sénégalais durant la campagne électorale.
« Ceux qui voteront cette loi sont les parrains des homosexuels », a-t-il déclaré, accusant l’exécutif de chercher à instaurer une opposition artificielle entre les Sénégalais.
Des accusations de manipulation de l’opinion
Le député de l’opposition a également dénoncé ce qu’il considère comme une tentative de manipulation de l’opinion publique. Selon lui, le pouvoir chercherait à diviser la société entre partisans et adversaires de l’homosexualité.
Dans la même intervention, Abdou Mbow est revenu sur la visite au Sénégal de l’homme politique français Jean-Luc Mélenchon, estimant que depuis cet épisode, le régime actuel adopterait une position favorable à cette cause. À ses yeux, la réforme de l’article 319 ne serait qu’« une mascarade ».
La riposte du président de la Commission des lois
Les déclarations du député ont suscité une réaction immédiate du président de la Commission des lois, Abdoulaye Tall. L’avocat a dénoncé une intervention marquée, selon lui, par l’insulte et dénuée d’arguments juridiques solides.
Il a également estimé que la motion préjudicielle soulevée par Abdou Mbow visait davantage à créer la polémique qu’à enrichir le débat parlementaire.
Me Abdoulaye Tall a par ailleurs pris la défense du Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il a décrit comme un dirigeant déterminé.
« Ousmane Sonko est un grand monsieur, son courage est inébranlable. Cette loi passera, que vous le vouliez ou non », a-t-il affirmé.
Un débat politique toujours tendu
En conclusion, le président de la Commission des lois a appelé les députés à dépasser les clivages politiques pour se concentrer sur les enjeux du texte.
« Quand il s’agit de l’avenir et de la moralité de notre pays, nous devons nous départir de nos clivages politiciens », a-t-il déclaré.
La réforme de l’article 319 continue ainsi de susciter de vives tensions au sein du Parlement, révélant les profondes divergences entre majorité et opposition sur la portée et l’orientation de cette modification législative.

