Marième Faye Sall : l’engagement silencieux d’une grande dame

Marième Faye Sall : l’engagement silencieux d’une grande dame

Dans la vie politique, il existe des femmes qui apparaissent lorsque le pouvoir est déjà conquis. Et il en est d’autres qui accompagnent le combat depuis les premiers jours, dans les moments de doute, de solitude et d’incertitude. Marième Faye Sall appartient incontestablement à cette seconde catégorie.

Je suis particulièrement bien placé pour en témoigner.

Nos familles se connaissent depuis longtemps. Le couple Macky Sall–Marième Faye a partagé de nombreux moments avec mon regretté neveu, Ousmane Masseck Ndiaye, fils de ma sœur. Je me souviens encore que Macky Sall a dormi dans la maison familiale de Kébémer, chez notre père Cire Lo, sur le lit de notre mère et de notre grand-mère. Plus tard, nous nous sommes retrouvés dans le compagnonnage politique autour du Président Abdoulaye Wade, où Macky Sall fut Premier ministre tandis que j’étais ministre de l’Environnement.

Depuis le début de leur parcours commun, Marième Faye Sall n’a jamais attendu que son époux accède à la magistrature suprême pour s’engager. Bien avant le Palais, elle sillonnait le Sénégal, rencontrait les familles religieuses, sollicitait des prières, mobilisait les femmes, encourageait les jeunes et portait avec conviction le projet politique de son mari.

Peu de personnes connaissent réellement l’ampleur de son engagement.

À mes yeux, il n’y a pas eu, au sein de l’APR, de militante plus constante, plus fidèle et plus dévouée qu’elle. Elle en est l’un des fondements. Lorsque les tensions apparaissaient, lorsque des responsables prenaient leurs distances, elle reprenait inlassablement son bâton de pèlerin pour renouer les fils du dialogue, apaiser les blessures et convaincre chacun de revenir dans la famille politique.

Elle a souvent été la force tranquille derrière les décisions difficiles. Là où certains voyaient uniquement le Président Macky Sall, il y avait aussi cette épouse capable d’apaiser, de conseiller et de rassembler. Ceux qui connaissent Macky Sall savent que derrière son calme apparent se cache un tempérament énergique. Marième Faye Sall a souvent joué le rôle de médiatrice, de régulatrice et de rassembleuse.

Je peux également témoigner d’un épisode personnel.

Après l’alternance, de nombreux responsables souhaitaient que je rejoigne mon ami Macky Sall, avec qui j’avais déjà travaillé sous le Président Wade. Mais personne n’osait véritablement m’en parler. C’est Marième Faye Sall qui prit l’initiative. Avec beaucoup d’affection, elle me dit simplement :

« C’est ta fille qui te demande de venir soutenir ton jeune frère. »

Ces quelques mots ont eu un poids immense. Ils ont ouvert la voie à notre rencontre au Palais de la République et à une alliance fondée sur des principes et une ambition commune pour le Sénégal.

Et je tiens à souligner un fait qui en dit long sur sa conception de son rôle. Depuis ce jour où elle m’a invité à soutenir son mari, nous ne nous sommes plus parlé, nous ne nous sommes plus serré la main et nous n’avons eu aucune rencontre jusqu’au moment où j’écris ces lignes. Durant tout le mandat du Président Macky Sall, elle n’a jamais cherché à intervenir dans les rapports entre son époux et moi. Jamais elle n’a tenté d’influencer une décision, de solliciter une faveur ou de s’immiscer dans la relation politique que j’entretenais avec le Chef de l’État. Cette retenue, cette discrétion et ce respect des institutions méritent d’être salués.

Je demeure convaincu qu’au regard de son engagement, de sa capacité de mobilisation, de son sens politique et de son expérience, Marième Faye Sall aurait pu exercer de hautes responsabilités gouvernementales ou institutionnelles. Les réalités de notre société l’ont confinée au rôle de Première Dame. Pourtant, son influence politique et humaine a largement dépassé cette fonction protocolaire.

Je veux aujourd’hui lui rendre l’hommage qu’elle mérite.

Je salue son courage, son endurance, sa fidélité, sa détermination et son sens du sacrifice. Je salue cette femme qui a choisi de servir dans l’ombre plutôt que de rechercher la lumière. Je salue cette grande dame qui, pendant de longues années, a porté avec discrétion une part importante d’un projet politique.

L’histoire retiendra les chefs d’État. Elle doit aussi retenir celles et ceux qui, dans la discrétion, ont contribué à construire leur parcours.

À Marième Faye Sall, j’adresse mon profond respect et toute mon estime.

Ancien Ministre Thierno Lo
Un Républicain libre

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