La guerre comme levier de pouvoir : le miroir libanais face aux défis africains

La guerre comme levier de pouvoir : le miroir libanais face aux défis africains

Dans une analyse qui interpelle les consciences, le chroniqueur politique Mamadou Sène s’appuie sur les réflexions de l’universitaire libanais Karim Émile Bitar pour décrypter une mécanique inquiétante de la politique contemporaine : lorsque la guerre devient moins un moyen de défense qu’un instrument de survie au pouvoir.

À travers les cas de Volodymyr Zelensky et de Benyamin Netanyahou, l’auteur met en lumière une réalité brutale : certains dirigeants, confrontés à une perte de légitimité intérieure, peuvent finir par dépendre de la persistance d’un état de crise pour préserver leur position politique. Cette lecture, au-delà du Proche-Orient et de l’Europe, trouve un écho particulier en Afrique, où les crises sécuritaires ont parfois été utilisées comme accélérateurs de concentration du pouvoir.

Quand la guerre devient une assurance politique

Selon la grille d’analyse proposée par Karim Émile Bitar, certains responsables politiques peuvent être tentés de transformer un conflit en pilier de leur maintien au pouvoir. Lorsque les difficultés économiques, les accusations de mauvaise gouvernance ou l’usure politique fragilisent un régime, la menace extérieure peut devenir un puissant outil de mobilisation nationale.

Le parcours de Volodymyr Zelensky est présenté par Mamadou Sène comme une illustration de ce phénomène. Porté par une immense popularité au début de la guerre en Ukraine, le président ukrainien aurait vu son soutien intérieur diminuer avec la prolongation du conflit. Dans ce contexte, la loi martiale et le report des élections contribuent à maintenir une situation politique exceptionnelle.

Pour le chroniqueur, la fin des hostilités placerait alors le pouvoir ukrainien face à de nouvelles exigences : répondre aux interrogations sur la conduite de la guerre, les pertes humaines, les accusations de corruption et l’avenir institutionnel du pays.

Israël : la crise permanente comme refuge politique

La situation de Benyamin Netanyahou est également analysée à travers ce prisme. Affaibli par des divisions internes, des contestations sociales et ses difficultés judiciaires, le Premier ministre israélien reste porté par une posture de dirigeant en temps de guerre.

La poursuite des opérations militaires à Gaza et les tensions régionales renforcent cette image de chef de crise. Mamadou Sène estime qu’une baisse durable de l’intensité des affrontements pourrait provoquer un retour des débats internes sur sa responsabilité politique et son avenir.

Cette logique, selon lui, ne se limite pas au Moyen-Orient. Dans plusieurs pays, la confrontation internationale peut parfois devenir un moyen de détourner l’attention des difficultés nationales et de maintenir une visibilité politique.

L’Afrique face au piège de l’ennemi permanent

Pour l’auteur, cette dynamique rappelle certaines expériences africaines. De nombreuses crises sur le continent ont montré comment la désignation d’un adversaire extérieur — réel ou présenté comme tel — pouvait servir à renforcer l’autorité des dirigeants en place.

Du Sahel aux Grands Lacs, les conflits armés ont souvent été liés à des enjeux de pouvoir, où la lutte contre une menace sécuritaire pouvait parfois masquer des problèmes plus profonds : pauvreté, chômage des jeunes, corruption ou faiblesse des institutions.

Le Sénégal, souligne Mamadou Sène, n’a pas été totalement épargné par ces tentations. Le pays a connu des périodes de fortes tensions politiques où le recours à un discours de fermeté et d’unité nationale a été présenté comme une réponse aux crises. Mais l’auteur considère que la solidité de ses traditions démocratiques a permis d’éviter une installation durable dans une logique de confrontation permanente.

La paix comme épreuve politique

La conclusion de cette réflexion est claire : le danger apparaît lorsque des dirigeants finissent par considérer la paix non plus comme un objectif collectif, mais comme une menace pour leur propre survie politique.

Dans cette perspective, les sociétés africaines auraient intérêt à tirer les leçons de ces expériences internationales : ne pas céder aux logiques de guerre par procuration, renforcer les institutions démocratiques et exiger des réponses concrètes aux problèmes sociaux et économiques.

Car une nation ne se construit durablement ni par la peur ni par la désignation permanente d’un ennemi, mais par la capacité de ses dirigeants à apporter des solutions en temps de paix.

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