Kédougou : les tensions géopolitiques perturbent le commerce de l’or artisanal

Les répercussions des tensions géopolitiques opposant les États-Unis, Israël et Iran commencent à se faire sentir jusque dans les sites d’orpaillage de Kédougou, au sud-est du Sénégal. Dans cette région aurifère, négociants, acheteurs d’or et orpailleurs font face à une situation inhabituelle : la difficulté d’écouler le métal précieux sur les marchés internationaux, en particulier vers Dubaï, principal hub de revente de l’or artisanal.
Des circuits commerciaux perturbés
Depuis plusieurs semaines, les négociants éprouvent des difficultés à rallier la capitale économique des Émirats arabes unis, plaque tournante du commerce de l’or issu de l’orpaillage. Conséquence directe : les transactions locales ralentissent et la circulation de l’argent devient plus difficile.
« Avant, on pouvait vendre et repartir rapidement pour Dubaï. Aujourd’hui, les déplacements sont compliqués, les partenaires hésitent et l’argent ne circule plus comme avant », confie un négociant basé à Kédougou, qui a requis l’anonymat.
Selon lui, le gramme d’or qui se négociait habituellement entre 85 000 et 90 000 francs CFA pourrait connaître une baisse significative si la situation venait à perdurer.
Les orpailleurs sous pression
Sur les sites d’exploitation artisanale, l’inquiétude est palpable. Les orpailleurs, qui vivent au jour le jour de leur production, ne peuvent pas se permettre de conserver leur or pendant de longues périodes en attendant une stabilisation du marché.
« Nous, on ne peut pas garder l’or pendant des semaines. Il faut manger, payer les dettes et aider la famille », explique Moussa, un orpailleur rencontré sur un site périphérique. « Si on nous propose 60 000 francs le gramme, certains acceptent parce qu’ils n’ont pas le choix. »
Un autre travailleur confirme cette réalité difficile : « On vend parfois à perte, mais c’est ça ou rentrer au village les mains vides. »
Le spectre d’une chute des prix
Face à l’accumulation des stocks et à la baisse de la demande internationale, certains négociants redoutent une chute brutale des prix.
« Si la situation continue ainsi, le gramme d’or va chuter drastiquement », alerte un acheteur d’or de la région. « Lorsque les exportations sont bloquées et que les stocks s’accumulent, les prix baissent automatiquement. »
Pour les acteurs de la filière aurifère, cette crise met en lumière la forte dépendance du marché local aux circuits internationaux, notamment à la place commerciale de Dubaï.
En attendant une accalmie sur la scène internationale, orpailleurs et négociants retiennent leur souffle. À Kédougou, l’or continue d’être extrait du sous-sol, mais sa valeur, elle, semble désormais suspendue aux soubresauts de la géopolitique mondiale.

