Justice à Mbour : Entre TikTok et mariage, le procès pour escroquerie de F. Fedior

MBOUR — Une jeune femme, F. Fedior, a comparu devant le tribunal des flagrants délits pour escroquerie. Accusée par son propre mari et une tierce personne de les avoir spoliés de plusieurs millions sous couvert de promesses de voyages en Allemagne et de ventes de terrains, la prévenue a dû s’expliquer sur une vie de mensonges bâtie depuis le Maroc et TikTok.
F. Fedior a été attraite au tribunal de grande instance de Mbour pour répondre du délit d’escroquerie. Cette affaire jugée en flagrants délits met en lumière un enchevêtrement de faits allant d’une promesse de voyage en Allemagne à une relation amoureuse qui aboutit finalement à un mariage, mais traite aussi d’une vente de parcelle et de transactions financières contestées.
Selon les déclarations de M. Mbaye, c’est sur TikTok qu’il fait la connaissance de la prévenue. Cette dernière se présentait comme facilitatrice de voyages vers l’étranger, affirmant notamment résider en Allemagne. Au fur et à mesure de leurs échanges, la jeune femme lui raconte ses problèmes avec son ex-mari. Une relation amoureuse naît rapidement entre les deux. F. Fedior revient au Sénégal et leur mariage sera scellé le 17 mai 2025.
Entre-temps, le mari, qui travaille dans une université, recommande sa femme à ses amis pour qu’ils obtiennent, eux aussi, des visas. Las de courir derrière un visa qui n’arrive pas, il finit par déposer une plainte. Au cours de l’enquête, il est apparu que F. Fedior n’avait jamais vécu en Allemagne, contrairement à ses affirmations initiales. « Au moment où je lui disais que j’étais en Allemagne, j’étais en réalité au Maroc », a-t-elle reconnu face aux juges.
Le mari, M. Mbaye, affirme avoir remis à son épouse une somme totale de 4 millions de francs CFA, motivé par la confiance et les promesses de voyage. Il évoque également que lorsque F. Fedior était au Maroc, celle-ci refusait les appels vidéo via WhatsApp qu’il lui proposait. De son côté, F. Fedior conteste le montant avancé par son mari. Elle soutient n’avoir reçu qu’un million de francs CFA de ce dernier, rejetant les chiffres produits par la partie civile. Elle explique également qu’un certain Yvan, présenté comme un ami, lui aurait assuré pouvoir organiser des voyages, ce qui aurait motivé son implication dans ces démarches.
N. M. Ndiaye, autre partie civile, affirme avoir remis environ un million de francs CFA à la prévenue dans le cadre d’un projet d’acquisition de terrain de 600 m² à Malicounda. Elle mentionne également avoir reçu un document administratif, ce que F. Fedior nie catégoriquement avoir fourni. Elle affirme n’avoir reçu que 150 000 francs CFA de N. M. Ndiaye.
Le procureur de la République a requis l’application de la loi, tandis que la défense, assurée notamment par Me Omar Sène, a contesté la qualification d’escroquerie. Selon lui, « il n’y a pas d’escroquerie entre époux, sauf si l’infraction porte sur un acte administratif ». Il a également soutenu que les faits relèvent davantage de simples mensonges, insuffisants pour constituer une infraction pénale. La défense a par ailleurs insisté sur l’absence de preuves formelles concernant les montants effectivement remis à la prévenue, tant par le mari que par l’autre plaignante.
Maman d’un nourrisson de six mois, son avocat Me Omar Sène a mis en avant ce fait pour plaider la clémence, tout en soulignant qu’il s’agit de la première comparution de F. Fedior devant la justice. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré et rendra sa décision le 24 mars 2026.

