Assemblée nationale : Tafsir Thioye pointe les « failles » du futur organe de régulation des médias (CNRM)

DAKAR — Lors de la séance plénière de ce mardi 3 mars 2026, le député Tafsir Thioye a passé au crible le projet de création du Comité national de régulation des médias (CNRM). Entre imprécisions juridiques et craintes pour l’indépendance de l’organe, le parlementaire a annoncé une bataille d’amendements pour corriger une copie qu’il juge imparfaite.
Par la Rédaction (Service Parlementaire)
Le débat sur la régulation des médias au Sénégal entre dans une phase critique. Si la nécessité de réformer le secteur fait consensus, les modalités proposées par le gouvernement soulèvent, selon Tafsir Thioye, de sérieuses inquiétudes quant à la clarté et à l’autonomie du futur dispositif.
Une confusion sémantique et juridique
Le premier grief soulevé par le député porte sur la rédaction même du texte. Tafsir Thioye a relevé une contradiction majeure dans l’exposé des motifs.
« On parle de révision dans l’exposé des motifs, mais en même temps on parle d’abrogation. Cette ambiguïté fragilise l’interprétation et l’application de la loi », a-t-il souligné.
Pour le parlementaire, ce flou terminologique crée une incertitude sur la portée réelle de la réforme : s’agit-il d’une simple mise à jour ou d’un remplacement total de l’ancien cadre légal ?
Le défi de l’indépendance face à la Présidence
L’ancrage institutionnel du CNRM est sans doute le point le plus polémique de l’intervention. Le projet prévoit en effet un rattachement de l’organe à la Présidence de la République. Une option que le député rejette, craignant une mise sous tutelle politique.
- Autonomie financière : Le député estime que sans un budget propre et déconnecté de l’exécutif, l’organe sera incapable d’agir avec impartialité.
- Indépendance administrative : Tafsir Thioye préconise un statut plus protecteur pour éviter que le régulateur ne devienne un instrument au service du pouvoir.
Réguler les réseaux sociaux : Une ambition « complexe »
Le projet de loi entend étendre les pouvoirs du CNRM aux médias sociaux. Si l’intention est louable face aux dérives en ligne, Tafsir Thioye a alerté sur les limites techniques et juridiques d’une telle mesure.
Il a rappelé que le caractère transnational des plateformes (Meta, X, TikTok) rend le contrôle des contenus extrêmement difficile pour un organe national, pointant le risque d’une loi inopérante faute de moyens de coercition réels sur des géants du numérique basés hors du Sénégal.
Vers une bataille d’amendements
Loin de se contenter d’une simple critique, Tafsir Thioye a annoncé qu’il déposerait des amendements lors de la suite de la procédure législative. Son objectif : « renforcer la cohérence juridique du texte et garantir une véritable autonomie du futur organe ».
L’intervention de Tafsir Thioye rappelle que la régulation des médias est un exercice d’équilibre délicat. Pour que le CNRM soit crédible aux yeux des acteurs du secteur et du public, il devra non seulement avoir des bases juridiques solides, mais surtout s’émanciper de la tutelle directe de la Présidence pour devenir un véritable arbitre indépendant.

