OPACITÉ, DROIT À L’INFORMATION ET RESPONSABILITÉ DE L’ÉTAT

OPACITÉ, DROIT À L’INFORMATION ET RESPONSABILITÉ DE L’ÉTAT

J’ai pris connaissance de la réponse que Monsieur Babacar Gaye a bien voulu me transmettre, réponse signée par Monsieur Oumar Samba Ba, Ministre, Secrétaire général de la Présidence de la République, relativement à sa demande de communication de l’avis du Chef de l’État sur la proposition de révision de la Constitution.

Je remercie d’ailleurs Monsieur Babacar Gaye pour ce partage qui permet d’alimenter un débat citoyen utile sur une question fondamentale : celle du droit à l’information dans une République qui se veut transparente et respectueuse de l’État de droit.

Au-delà des positions des uns et des autres, chaque situation de ce genre doit être l’occasion d’un débat fécond. Lorsqu’un citoyen expose une idée, pose une question ou soulève une problématique dans l’espace public, ce n’est pas forcément pour polémiquer. C’est souvent pour informer, partager une réflexion, confronter des certitudes, solliciter l’avis de sachants et enrichir la compréhension collective. C’est tout l’intérêt de la participation citoyenne dans une démocratie vivante.

Je tiens également à rappeler un point que beaucoup de nos compatriotes ignorent : il existe au sommet de l’État deux structures essentielles que l’on peut qualifier de véritables poumons de l’administration sénégalaise. Il s’agit du Secrétariat général de la Présidence de la République et du Secrétariat général du Gouvernement.

Ces deux institutions font respirer l’État. Elles veillent à la régularité des procédures, à la conformité des lois, décrets, arrêtés et règlements, au respect de la Constitution et à la cohérence de l’action publique. Elles assurent la circulation de l’information institutionnelle, la préparation des décisions majeures et la conservation de la mémoire administrative. Rien d’important ne s’élabore ou ne se formalise durablement sans leur intervention.

C’est précisément parce qu’elles occupent cette place centrale qu’elles ne peuvent donner le sentiment d’un refus d’assumer pleinement leurs responsabilités lorsqu’elles sont interpellées par des citoyens exerçant leur droit légitime à l’information.

Je salue la diligence et la courtoisie du Ministre Secrétaire général de la Présidence qui a répondu rapidement. Cette célérité mérite d’être relevée tant il est fréquent que des correspondances administratives restent sans suite. Toutefois, l’argument selon lequel il ne serait ni destinataire ni ampliataire du document sollicité me paraît difficilement recevable.

Tous ceux qui ont servi dans les hautes fonctions de l’État savent comment fonctionne l’administration. Les documents présidentiels ne circulent pas seuls. Ils sont élaborés, suivis, enregistrés, acheminés et archivés par les services compétents. Comme le disait avec justesse Jean Collin : « J’ai passé une partie de ma carrière à écrire des lettres que je ne signais pas et l’autre partie à signer des lettres que je n’avais pas écrites. »

Autrement dit, même lorsqu’il n’est pas juridiquement le destinataire final d’un document, le Secrétariat général de la Présidence demeure au cœur du dispositif administratif qui en assure la gestion. Il lui appartenait donc, à tout le moins, de faire remonter la demande au niveau approprié afin qu’une réponse complète soit apportée au citoyen.

En réalité, lorsque la Présidence refuse de communiquer une information qui ne relève manifestement pas du secret d’État, c’est l’institution présidentielle elle-même qui assume cette décision. Le Secrétaire général en assure simplement la traduction administrative.

C’est pourquoi, en tant qu’ancien serviteur de l’État ayant exercé au sein du Gouvernement et de la Présidence de la République, je considère que cette réponse doit être analysée comme la position de la Présidence elle-même. Dès lors, pour Babacar Gaye comme pour tous les citoyens, c’est bien le Président de la République qui apparaît avoir choisi de ne pas répondre sur le fond de la demande formulée.

Or, une telle posture contribue à nourrir les rumeurs, les interprétations et les doutes, alors que la transparence demeure le meilleur antidote à la suspicion.

J’en profite également pour rappeler aux Directeurs de cabinet que leurs fonctions sont éminemment politiques. Ils doivent veiller à la bonne tenue des audiences, au traitement diligent du courrier, à la circulation rapide des parapheurs et à la bonne information des autorités. Aucun dossier ne devrait être ralenti, oublié ou placé dans un tiroir pour des considérations personnelles liées à son expéditeur.

Je n’ai rien de personnel contre Monsieur Oumar Samba Ba, dont je reconnais les compétences et l’expérience. Mais sur une question touchant directement au droit à l’information, une réponse plus substantielle aurait davantage servi la République.

Dans un État de droit, les citoyens ont le droit de savoir. Et les institutions ont le devoir de répondre.

Chaque fois que ce principe sera mis à l’épreuve, nous continuerons à le défendre avec constance, sérénité et fidélité à nos convictions républicaines.

Thierno Lo
Un Républicain Libre

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