Ramadan à l’UCAD : les nouvelles mesures du COUD suscitent la controverse

Dakar – À l’approche du mois de Ramadan, le Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) a publié une note instaurant plusieurs restrictions au sein du campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Des mesures qui, bien que justifiées par des impératifs de sécurité et de salubrité, suscitent un vif débat parmi les étudiants.
Gaz et cuisine interdits dans les pavillons
Dans sa communication officielle, le Coud interdit formellement « l’introduction, la détention, le stockage et l’utilisation de bonbonnes de gaz dans l’enceinte des pavillons universitaires ». Il est également proscrit « de cuisiner ou d’effectuer toute préparation de repas à l’intérieur des pavillons d’hébergement ».
Autre décision notable : tout don de « ndogou » provenant de l’extérieur devra désormais faire l’objet d’une autorisation préalable de l’administration.
Pour la direction, ces dispositions visent « la préservation de la sécurité des personnes et des biens, ainsi que le maintien de l’ordre et de la salubrité au sein des campus universitaires durant la période du Ramadan ».
Une restriction jugée excessive par certains étudiants
Ces décisions, portées par le directeur du Coud, Ndéné Mbodji, sont perçues par plusieurs résidents comme une restriction sévère de leurs conditions de vie. Sur les réseaux sociaux et dans les discussions sur le campus, certains s’interrogent : le campus social est-il une cité universitaire ou un espace sous régime disciplinaire renforcé ?
Des étudiants estiment que l’usage de petites bonbonnes de gaz dans les chambres est une pratique ancienne qui n’a pas, selon eux, généré d’incidents majeurs connus du public. À leurs yeux, un éventuel risque ne saurait justifier une interdiction totale, d’autant que des accidents domestiques peuvent survenir dans n’importe quel quartier de la capitale.
La question sensible de la qualité des repas
Au-delà de la sécurité, la mesure interdisant de cuisiner relance un débat ancien : celui de la qualité des repas servis dans les restaurants universitaires.
Pourquoi un étudiant délaisserait-il un plat subventionné à 100 F CFA pour dépenser six à dix fois plus ailleurs ? Pour beaucoup, la réponse ne relève pas d’un caprice, mais d’une insatisfaction persistante quant à la qualité des mets proposés.
Ce débat n’est pas nouveau. En 2006, l’Ucad avait connu une longue grève dont l’un des points centraux concernait précisément la restauration universitaire. La crise avait culminé le 17 février 2006 avec l’intervention des forces de l’ordre sur le campus, après la découverte d’un ver dans un plat au restaurant dit « argentin ». Les stocks du Coud avaient alors été exposés, révélant des produits avariés, selon les témoignages de l’époque.
Ironie de l’histoire : parmi les figures étudiantes engagées dans ce mouvement se trouvait Ndéné Mbodji, aujourd’hui à la tête du Coud.
Les ndogous sous autorisation
La décision d’exiger une autorisation pour les dons de ndogou fait également réagir. Durant le Ramadan, ces ruptures collectives du jeûne, souvent organisées par des associations ou des particuliers, constituent un moment fort de solidarité sur le campus.
Certains craignent qu’une procédure administrative lourde ne décourage ces initiatives. D’autres y voient une mesure de contrôle supplémentaire, alors même que les autorités ont déjà qualifié le campus social de « quartier comme les autres » de Dakar. Dans ces quartiers, font-ils remarquer, les résidents cuisinent librement et organisent des ndogous sans autorisation spécifique.
Entre encadrement et liberté
Le Coud défend une logique d’encadrement et de prévention des risques. Les étudiants, eux, plaident pour une approche plus équilibrée, tenant compte de leurs réalités économiques et de leur autonomie.
S’il est largement admis que la vie universitaire nécessite un cadre réglementaire, beaucoup estiment que la réforme ne doit pas basculer dans l’excès. Le défi pour l’administration sera donc de concilier sécurité, discipline et respect des libertés individuelles, dans un contexte social déjà marqué par des tensions récurrentes sur le campus.
Le débat est désormais ouvert, et il pourrait bien s’inviter au cœur des discussions durant tout le mois de Ramadan.

