Sénégal : Robert Bourgi alerte Diomaye Faye et Ousmane Sonko sur les dérives du nouveau pouvoir
Dans une lettre ouverte au ton grave, publiée à l’issue du dialogue national du 28 mai 2025, l’avocat franco-sénégalais Robert Bourgi tire la sonnette d’alarme sur la situation politique, économique et judiciaire du Sénégal. Il s’adresse directement au président Bassirou Diomaye Faye et à son Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il avait pourtant soutenus durant la période de transition.
« J’ai peur pour le Sénégal », déclare Bourgi, exprimant son inquiétude face à une gouvernance qu’il estime « en perte de vitesse » et à un climat général qu’il qualifie de préoccupant.
Un soutien critique au nouveau pouvoir
Dès les premières lignes, Robert Bourgi rappelle avoir soutenu les leaders de Pastef pendant leurs incarcérations. Mais il revendique sa liberté de ton :
« Je suis loyal, mais ma liberté n’a pas de prix. Je n’attends rien de ce pouvoir, si ce n’est qu’il assume ses responsabilités devant les Sénégalais. »
Une gouvernance économique sous tension
L’avocat met en lumière les fragilités économiques du pays :
- Difficultés de croissance
- Défiance des partenaires financiers internationaux
- Hausse de l’endettement, parfois sans traçabilité claire des fonds
Il met en garde contre les risques de financements occultes, évoquant notamment les menaces de narcotrafic, de terrorisme et de blanchiment d’argent.
Une justice instrumentalisée ?
C’est sur le plan judiciaire que Robert Bourgi se montre le plus inquiet. Il dénonce une justice à sens unique, soupçonnée de servir un agenda politique :
« Une justice ne peut devenir l’instrument d’un homme ou d’un parti. »
Il appelle à faire la lumière sur les violences politiques qui ont fait plus de 80 morts ces dernières années, et à appliquer les sanctions attendues après l’abrogation de la loi d’amnistie de mars 2024.
Il fustige aussi les arrestations ciblées d’anciens dignitaires, comme Sophie Gladima, Mansour Faye, Lat Diop ou Farba Ngom, en interrogeant la légalité des procédures engagées :
« La justice ne doit pas devenir un outil de revanche. »
Économie et diplomatie : des signaux inquiétants
Bourgi cite également le Port autonome de Dakar comme symbole du ralentissement économique :
- Licenciements massifs
- Pression fiscale accrue
- Baisse de confiance des investisseurs
Il regrette par ailleurs la perte d’influence diplomatique du Sénégal, autrefois moteur régional. À titre d’exemple, il cite l’échec de la candidature d’Amadou Hott à la présidence de la BAD, qualifié d’« humiliation ».
Un appel à l’unité et à la responsabilité
Robert Bourgi conclut son message sur un appel à la retenue et à l’unité nationale :
« Le peuple a voté dans l’espoir le 24 mars 2024. Aujourd’hui, cet espoir s’effrite. »
Il exhorte les nouvelles autorités à ne pas céder à la tentation de la revanche et rappelle :
« L’Histoire vous jugera. Seule une politique d’unité, de justice et de paix peut sauver le pays. »
Dans un dernier avertissement lourd de sens :
« Un pays qui se divise… est un pays qui meurt. »
Avec cette lettre, Robert Bourgi rejoint les voix critiques issues de la majorité de l’alternance, désormais préoccupées par la direction prise par le nouveau pouvoir.

