Présidentielle 2025 au Cameroun : tensions au Nord autour des alliances pro-Biya
À l’approche de la prochaine élection présidentielle au Cameroun, dont la date officielle n’a pas encore été annoncée, le climat politique s’échauffe, en particulier dans le Grand Nord, région stratégique représentant près de 40 % de l’électorat national. Les alliances historiques entre Paul Biya et plusieurs leaders politiques du Nord semblent vaciller, à commencer par celle avec Issa Tchiroma Bakary, figure influente de la scène politique camerounaise.
Issa Tchiroma rompt le silence et critique Paul Biya à Garoua
La semaine dernière, à Garoua, sa ville natale, Issa Tchiroma, ministre et président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), a lancé une attaque verbale directe et sans équivoque contre les 43 ans de pouvoir du président Paul Biya.
« Celui qui est responsable de vos malheurs depuis 40 ans », a-t-il lancé en langue locale, devant une foule de militants rassemblés devant sa résidence.
Ancien porte-parole du gouvernement et fervent défenseur du chef de l’État, Tchiroma a dénoncé la pauvreté, le chômage et l’absence d’avenir pour la jeunesse, tout en appelant ses partisans à rompre avec le pouvoir en place.
Contacté par RFI, Issa Tchiroma assume ses propos, expliquant qu’il ne fait qu’exprimer « le ressenti de sa base militante ». Interrogé sur une possible candidature à la présidentielle, il a répondu :
« Soyez patient, vous aurez bientôt toutes les clarifications. »
Pour le RDPC, Issa Tchiroma a franchi la ligne rouge
Cette sortie n’est pas passée inaperçue dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti présidentiel. Pour Hervé Emmanuel Nkom, membre du comité central du RDPC, Tchiroma a clairement fait « le choix de la rupture » :
« On ne peut pas être à l’intérieur du gouvernement et en même temps se positionner à l’extérieur », a-t-il déclaré sur un plateau télévisé.
Pressions internes sur Bello Bouba et l’UNDP
La ligne de fracture dans le Nord pourrait également s’étendre à l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), autre allié historique du RDPC. Son président, Bello Bouba Maïgari, ministre d’État depuis 28 ans, fait face à des pressions croissantes de sa base militante.
« L’alliance entre le RDPC et l’UNDP a vécu. Bello Bouba doit se porter candidat à la présidentielle », affirme Maïdadi Saidou, secrétaire national à la communication de l’UNDP.
Une réunion du comité central de l’UNDP, prévue pour le 28 juin 2025, devrait trancher cette question cruciale, alors que l’avenir de l’alliance avec le pouvoir central est de plus en plus incertain.

